Le discours de la science

•3 février 2008 • Laisser un commentaire

Lorsqu’on prend la parole, avant toute chose, on prend place. Mais laquelle ? Car il existe différents lieux d’où l’on peut parler, interpeller l’autre, et l’effet de ce qui s’y dira sera différent suivant chacun d’eux. Ce lieu d’où l’on prend la parole est la place d’agent. Ensuite, il s’agit de savoir à qui l’on parle, à quel autre s’adresse cette parole. Cet autre, qui se trouve être le deuxième élément spécifique de tout discours,  s’écrit avec un grand “A” car si “dans son discours le sujet se rapporte à un autre, c’est avant tout à l’Autre, c’est-à-dire non à un individu mais au langage, au code ou mieux encore, au trésor des signifiants, à la loi que le langage véhicule”. Cette parole adressée à l’autre a un effet c’est le produit du discours. Cette production a une cause autre, plus véritable que l’agent du discours, c’est la vérité, au nom de laquelle parle l’agent.
La vérité, l’agent, l’autre, la production constituent donc les quatre instances de la structure signifiante du discours. Ces quatre places seront occupées (différemment suivant le type de discours) par quatre termes : S1, le signifiant-maître; S2, le savoir, la batterie signifiante formant réseau; $, le sujet et enfin (a), l’objet baptisé par Lacan “plus de jouir” .
A partir de ces quatre places et de ces quatre termes il y a autant  discours, chacun tirant son nom du terme occupant la place d’agent : discours du maître (en position d’agent : S1), discours universitaire (S2), discours de l’hystérique ($) et discours de l’analyste (a), puis le Discours du capitaliste, rajouté plus tard.

Le discours du maître : si l’on considère généralement le discours du maître comme le discours de base, matrice des autres discours, c’est qu’il arrive comme premier, du fait qu’il s’énonce à partir de la relation fondamentale S1->S2, la chaîne signifiante dans laquelle s’inscrit l’enfant, celui de ses parents. Il est de l’ordre et de la Maîtrise, de la reconnaissance, (mathème pointant le sujet en tant que divisé par le signifiant) hiérarchique alors qu’il porte en lui la revendication égalitaire du Maître "libre" dans son rapport de dépendance à la reconnaissance par son esclave de son statut de maître. La vérité du sujet est en jeu dans ce qu’il dit par rapport à l’autre, sous son regard. Sa liberté ici est arbitraire, c’est celle de choisir son camp, la vérité change de place selon les institutions où il s’inscrit, volonté de vérité. "On n’est dans le vrai qu’en obéissant aux règles d’une police discursive qu’on doit réactiver à chaque fois qu’on parle". Le signifiant maître mis en position d’agent occulte sous la barre la division subjective et prétend savoir ce que veut l’autre, mais à condition d’épargner la question de son propre désir.

S1  ==>  S2
$     //      a

Le discours de L’Université sous l’injonction du discours du maître produit le $ et accroît ainsi le "malaise dans la civilisation", l’objet cause du désir est transformé en objet du désir de savoir (ou de consommation) et occulte ce qu’il en est de l’assujettissement au S1 à quoi se soumet celui qui veut connaître. Celui qui veut connaitre saura une masse d’informations sur les phénomènes et les points de fixation irrationnels de l’angoisse collective sur des interventions médicales et aussi des questionnements et remises en cause absolument fondés.  Prenons un virus quelconque, la masse de données produit un sujet divisé, et ne produit pas au final une vérité sur la conduite à tenir face aux risques.

S2   ==>  a
S1    //     $

Le discours hystérique lui répond en défiant la maîtrise et en la contraignant à produire un savoir toujours mis en cause, vérité irrecevable pour le maître. 

$   ==>  S1
a     //    S2

Chacun de ces discours pointe la jouissance impossible, l’impossibilité du sujet à atteindre son objet.

AGENT  ==>  AUTRE
VÉRITÉ // PRODUIT

Pour le Maître ne l’être qu’au prix de l’esclavage à la reconnaissance de l’autre, pour l’Universitaire l’impossible est de prouver un sujet tel que défini par la science, pour l’hystérique la remise en cause du maitre ne remet pas plus en cause ce qui est factuel et c’est seulement la reconnaissance de cet impossible ou, en d’autres termes, l’acceptation de la castration qui permettra au sujet un accès à la vérité de sa jouissance.

On demandait sur un Blog à part voisin "On peut ) peine reconstruire fragilement sur les ruines du passé, qu’en pensez-vous ?"

Je sais pô les autres, mais je pense que chez l’auteur, dans la question même il y a là reconnaissance de cet impossible, vé oui qu’il y a acceptation de la castration de jouir de la science et de la position de maîtrise :)

 

PS: je trouve ça très smart de taguer ce billet "Santé et bien-être" :)

Jacques-Alain Miller, Histoires de … Psychanalyse

•16 octobre 2007 • Laisser un commentaire

L’inconscient est structuré comme un langage – Бессознательное строится по принципу речи

•14 octobre 2007 • Laisser un commentaire

L’inconscient est structuré comme un langage. Mais comment donc est structuré le langage ?

La question de structure est liée d’une part à la question du temps, d’autre part à la question du lieu.

La dimension synchronique – temporelle – est avant tout la question de la contigüité, c’est-à-dire de la métonymie.

Elle est au cœur de ce que Freud a découvert dans le rêve et dans certains phénomènes plus épisodiques de la vie quotidienne, comme le lapsus, l’acte manqué et l’oubli.

Elle correspond à la sélection d’un signifiant particulier pour point d’origine d’une énonciation pour représenter l’objet du message.

Base de la condensation et du déplacement, de la figuration, elle les rend possibles par la faculté de nommer un élément à l’aide de celui qui lui est contigu. Cette possibilité de remplacement qu’elle offre permet de connoter de façon particulière une signification…

« J’ai mangé trois assiettes ».

La synchronie est liée également à temporalité particulière de la parole, puisque la signification d’une phrase n’est bouclée qu’avec son dernier terme. Chaque terme étant à la fois anticipé par les précédents et les scellant dans un effet rétroactif.

D’autre part la structure est liée à l’aspect paradigmatique de la substitution.

La substitution va porter sur la base du matériau constitué par la métonymie, et dans le choix du terme de cette substitution vont apparaître des qualités d’un objet lorsque l’image d’un autre objet est employée.

Le surgissement d’un sens nouveau, ni celui de l’objet substitué, ni celui de l’objet substituant, mais un troisième sens, un sens métaphorique reste difficile à cerner : il relève d’un sens métaphorique….

« Tout est entre vos mains ».

Ce choix pour chacun dans la parole qu’il déroule se fait en fonction de l’Autre, Autre que Lacan écrit S(A) pour signifier qu’il n’existe pas dans l’Autre de signifiant qui en garantirait la vérité, qu’il n’existe pas d’Autre de l’Autre, que le signifiant est une pure différence avec les autres signifiants et avec lui-même.

La métonymie est  au niveau de la signification, la métaphore à celui du transfert de sens.

Ainsi, on peut l’écrire sous la forme S1 représente le sujet pour S2, mais comme S1 appartient lui aussi au trésor des signifiants, à l’Autre, l’Autre le résorbe et la parole se retrouve être un ensemble toujours réouvert :

…S1 -> (S1->(S1->S2))

C’est ce qui donne à la boucle de la parole un aspect de coupure fermée, que Lacan représente topologiquement sous la forme de la bande de Moebius.

 

Бессознательное строится по принципу речи. Что бы это значило, строится по принципу речи?

Вопрос о структуре связан с одной стороны со временем, с другой с местом.

С одной стороны синхроническое измерение – временное – в первую очередь имеет отношение к смежности, то есть к метонимии – тем что в сердце Фрейдовского открытия во снах и более маргинальных явлений обыденной жизни, таких как ляпсусы, ошибочные действия и упущения.

Метонимия соответствует выбору особого значимого как представителя объекта сообщения началом высказывания. Будучи основой сгущения и смещения как и фигурации, она позволяет именование одного элемента посредством другого, ему смежного. Возможность замещения которое она позволяет, особо коннотирует смысл.

«Я три тарелки съел».

Синхрония так-же связанна с особой темпоральностью речи, так как смысл фразы кольцеобразно закрывается лишь со своим последним термином. Каждый термин одновременно предваряет и скрепляет предыдущие в ретроактивном эффекте.

С другой стороны, структура связанна с парадигматическим аспектом субституции. Субституция опирается на основу метонимией составленного материала, и в выборе терминов этой замены появляются свойства одного объекта, когда используется образ другого объекта.

Возникновение этого нового смысла, ни замещённого, ни замещающего, а третий смысл – метафорический – трудно описуемый.

"Всё в твоих руках".

Выбор стоящий для каждого в речи которую он развёртывает происходит по отношению к Другому, являющимся местом выбора, Другого которого Лакан шифрует S(A) с целью обозначить что не существует в Другом значимого гарантирующего его истину, в других словах что нет Другого Другого, что значимое результат чистой разницы с другими значимыми и с самим собой.

В итоге, метонимия является смыслом, а метафора переносом смысла.

Это можно написать как – S1 представляет субъекта для S2 – но так как S1 тоже принадлежит кладезю значимых – Другому, Другой рассасывает значимое и таким образом речь оказывается постоянно переоткрытым множеством.

…S1 -> (S1->(S1->S2))

Это и есть то что придаёт кольцу образ закрытого разреза, который Лакан изобразил моебьюсовой полосой.

 

Rremerciements à Gilles Jobin et P.A. Ladame pour les illustrations.

Psychose et langage

•13 octobre 2007 • Laisser un commentaire

Les premiers entretiens qui ont lieu avec A. se font sur l’injonction de soins psychologiques faite par le tribunal à la suite de vols en supermarché. A. ne parle pas français, et c’est en russe, sa langue maternelle mais aussi la mienne que se déroulent ces entretiens. Il y pose qu’il avait avec un complice venu lui aussi en France, tué en Russie un homme pour une histoire de délation liée à la drogue. Il dit de façon très détachée la façon dont il avait lardé le corps de nombreux coups de couteau. Ce qui le préoccupe c’est la possibilité que le complice le dénonce un jour, ce complice « comme un frère » dont il dit se noyer dans le regard, bleu comme le sien, et dans lequel il ne parvient plus à distinguer qui est qui. Cette incertitude le pousse à se demander s’il ne faut pas éliminer le complice pour être tranquille.

Le transfert est négatif, il expose avec beaucoup de satisfaction comment il parvient à gruger les lois françaises concernant ses demandes de titre de séjour et ses activités délictueuses. Il mentionne qu’il a tout l’internet dans sa tête et que ça l’obsède, et fulmine contre les arabes et les nègres qui le persécutent dans la rue.

Ces rencontres sont une obligation – de soins et de parole – dans une institution qui apparaît comme suppléance à l’Autre familial. Le rapport à cet autre est celui d’une position de maître puisqu’il va prescrire lui-même ce qui lui est du par l’Etat et l’institution : méthadone et papiers. Dans le transfert l’Autre primordial est objet de haine, la rencontre se fait sous l’aspect de forçage, particulier à la psychose où le sujet cherche à prélever de force l’objet à l’Autre. Le tableau clinique est le suivant : toxicomanie, errance, délire, passages à l’acte, angoisse, insomnies, sentiment d’oppression, ainsi qu’une résistance à l’apprentissage de la langue française après 2 ans de séjour en France.

Le matériel produit en entretien permet de repérer le rejet de la castration, et, le forclos du symbolique revenant dans le réel, les modalités de ses tentatives de castration dans le réel.

Le fait que ces entretiens aient lieu en russe où ma fonction est à envisager comme celle de l’interprète de cette langue maternelle à laquelle il est aliéné. Que s’agit-il d’interpréter ? la langue ou la lalangue ?

Réel & Jouissance

L’important dans le texte « Au-delà du principe de plaisir » 1920, c’est qu’il commence par le « fort-da ». Ces deux syllabes accompagnent le jeu d’un enfant qui fait apparaître et disparaître une bobine, et dans le rythme d’opposition de ces deux phénomènes, ce jeu symbolise la disparition et le retour de la mère de cet enfant. C’est le lien de l’opposition de deux syllabes du langage avec la répétition de la perte et de l’apparition de l’objet désiré, plaisir et douleur, qui peut définir la jouissance.

Le texte freudien précité noue l’opposition du principe de plaisir et de la répétition avec celle de la pulsion de vie et de la pulsion de mort. Notre jouissance est contradictoire , écartelée entre ce qui satisferait aux deux principes.

Le deuxième temps de l’enseignement de Lacan, après « l’Ethique de la psychanalyse » introduit une axiomatique de la jouissance, jouissance qui se passe de la castration, un symptôme avec lequel le sujet chiffre sa jouissance et où règne la pulsion de mort. C’est ce qui amène Lacan à envisager la parole comme ce qui va véhiculer la jouissance, et à proposer une « lalangue », préalable au langage, comme structure préalable à un Autre, c’est-à-dire des lettres fixant la jouissance.

Jouissance & « lalangue »

En prévision de mon départ de la structure ou A. est inscrit au programme méthadone, est mise en place une situation clinique à trois, avec la psychologue du CMP voisin.

Il me demande de traduire qu’il est angoissé par les problèmes de demande d’asile, c’est pour cela qu’il s’est défenestré. Dans l’entretien, il refuse de donner suite à mes intervention, c’est-à-dire qu’il refuse mon rôle comme tiers.

Il est sollicité à s’exprimer le plus qu’il peut en français et articule alors un baragouinage de russe, d’anglais, d’italien et de français sans montage syntaxique de référence : « bevere methadone i apporter photocopie green card i adresse i commissariat i dossier » – dit-il.

Pour parler d’angoisse, de difficultés liées au statut de sans-papiers, du cadre dans lequel se déroulent les entretiens, il a recours à la traduction.

Que traduit cette impossibilité à apprendre le français ? Il dit que les russes et les français sont trop différents et que ça ne sert à rien d’apprendre à dire « table, chaise, fauteuil » si on ne peut pas dire son âme russe.

Parler d’appartenance russe indicible en français, correspond à parler d’identité symbolique, celle qui passe par le signifiant, le champ symbolique, par la reconnaissance en un même Autre. Cette appartenance communautaire recouvre l’origine, la religion, la langue, les us et les coutumes, tout ce qui nous lie à l’Autre du langage, de la loi et du désir. L’autre du langage constitue le champ essentiel par lequel le sujet va pouvoir assurer une permanence à son identité symbolique. Cette dimension du langage est également déterminante pour la reconnaissance dans tout groupe, ce que Lacan explicite dans sa thèse du lien social réglé par le discours : « …le lien social ne s’instaure que de s’ancrer dans la façon dont le langage se situe et s’imprime… ». Chez l’infans, il s’imprime au prix de cette aliénation radicale à l’Autre du langage alors même que l’identité symbolique, elle, ne s’acquiert qu’à en passer par la coupure qui le sépare de son être et de ce dont il jouit. Cette coupure qui assure notre représentation au lieu de l’Autre entraîne chez le sujet une exclusion, ce qui fait que le rapport d’un sujet à la langue fait de lui un immigré, comme l’exprime Jacques Alain Miller dans son cours sur l’extimité[1] : « Etre un immigré est le statut même du sujet, il n’a d’autre chez soi que chez l’Autre… ».

L’articulation lacanienne de la question de l’identité Symbolique, de l’identité Réelle et de l’identité Imaginaire avec le langage et le concept de « lalangue » permet ce comprendre ce qui dans cet exil au champ de l’Autre fait traumatisme, jouissance et souffrance.

Cette origine identifiée à la mère qu’on appelle langue maternelle est ce qui est à perdre pour chaque sujet pour qu’il puisse accéder à une langue qui se fonde sur la différence du rapport S1 – S2, qui parce qu’il nous exile au champ de l’autre, permet de faire lien social.

Ce néologisme – « lalangue[2] » – qu’il introduit dans les années 70, est le concept par lequel Lacan cerne l’intrication du signifiant avec le Réel, les premiers signifiants étant le Réel de la langue. L’écholalie que l’infans différencie comme langue maternelle ne s’accorde pas exactement avec l’Autre, puisqu’il s’agit justement d’un discours écholalique mère-enfant. C’est là que cette parole maternelle porte une dimension traumatique et de jouissance : traumatique en ce qu’elle fait effraction imaginaire chez l’enfant et ne prend valeur que dans l’après coup d’une articulation symbolique introduite par un tiers.

Cette fracture entre lalangue et langage se retrouve dans tout entre-deux-langues, c’est-à-dire entre une langue d’origine et une langue d’adoption, ce passage de l’une à l’autre sollicite le deuil de la lalangue. Deuil qui, même s’il est une perte et un refoulement, nécessite cependant que la lalangue ait été suffisamment riche en S1 pour être au fondement d’une pulsion invoquante et d’un désir de dire, maintenir sa quête de sens la langue en général, n’importe laquelle.

Si au contraire l’identité reste fixée à cette dimension de lalangue, alors le discours reste immuable, non dialectisable, bétonné et n’autorisant aucune articulation, traduction ni interprétation. On ne peut pas dire son « âme », on reste collé à la toute-puissance maternelle sauvegardée. Le sujet reste alors collé à une mère-patrie origine mythique, une race, une identité arrimée à la mère originaire et dans une filiation qui aurait évincé le tiers, le nom du père.

Chez le psychotique, le rapport à la jouissance se traduit par le fait de vouloir donner sens aux injonctions de jouissance et autres phénomènes énigmatiques pour lui. Du fait que dans la paranoïa le sujet s’identifie à la jouissance au lieu de l’Autre, c’est à ce lieu que vont surgir les phénomènes de jouissance. Dans la schizophrénie c’est dans le corps qu’ils vont surgir. C’est la qu’en tant que « fou », comme le lui a prédit sa grand-mère, que A. choit hors du discours, dans le Réel : il se défenestre.

Dans l’impossibilité à faire fonctionner le nom-du-père et son corrélat imaginaire, le phallus, à donner sens donc, A. promeut par la lalangue son rapport au signifiant asémantique, aux signifiants isolés, énigmatiques auxquels il a affaire et qui sont plus porteurs de jouissance que de sens.

L’angoisse

Une des caractéristiques de la plainte d’A. est l’angoisse. Il souffre intensément du caractère oppressant de son délire et menance de passer à l’acte en se défenestrant.

Dans « ISA[3] » Freud situe la racine de l’angoisse dans la détresse primitive. Le terme hilflosigkeit par les difficultés de traduction qu’il présente, pointe quelque chose du caractère « intraduisible » de cet affect.

Hilf

los

ig

keit

aide

perte

forme adjective

forme substantive

Littéralement désaide, la perte, l’absence d’aide – soit un état de démunition, de détresse, de détresse originaire, le terme renvoie par sont « intraduisibilité » à l’impensable, l’indicible de cet état.

La détresse fondant le sujet comme être en relation, est à la fois cause des besoins vitaux de l’organisme et conséquence de l’impact de l’insatisfaction, renforcée par une carence provisoire de recours venu de l’extérieur.

Plus tard Freud dépasse la racine biologique de l’infans néotène, en assignant à l’angoisse de castration la place qu’elle occupe dans le complexe d’œdipe.

Dans le recours angoissé à la croyance dans la toute puissance de l’Autre se révèle chez le sujet le désir absolu de contrôle absolu sur l’objet, de maîtrise du désir de l’Autre.

L’état de dépendance de celui en détresse par rapport au désir de l’autre fait osciller A. entre le besoin d’être aimé et le besoin de se mettre en situation danger pour restaurer le lien dans ce besoin d’être aimé, de là les menaces de défenestration.

Si pour Freud l’angoisse est liée à un manque d’objet, pour Lacan elle est liée au désir de l’Autre et elle n’est pas sans objet, car elle pose la question de savoir quel objet je vais être pour cet Autre, à quelle sauce il va me manger.

Le sujet psychotique a affaire à un Autre non barré chez lequel la place du manque n’est pas préservée, et l’image spéculaire se détache et devient un double autonome et désarrimé, source de terreur et d’angoisse. C’est la manifestation du défaut de cet appui indispensable qu’est le manque, puisque c’est quand le sein maternel menace d’envahir par sa toute-présence que le nourrisson est envahi de l’angoisse de la perte de ce sein, alors même qu’il est dépendant, sans un mot, sans aucune symbolisation.

Articulation de la jouissance au champ de l’Autre

En Russie, A. consommait épisodiquement une substance artisanale – le чёрный – qu’il devait prendre le temps de se préparer, au rythme des saisons et des cuissons. Arrivé en France, il s’inscrit dans un programme méthadone – bas-seuil qui plus est.

Des le début de son inclusion dans le programme, il fait augmenter les doses prescrites, bien au-delà de celles généralement suffisantes pour contenir le manque. Il accompagne ces doses de Rhohypnol, Immovan, Revatryl par plaquettes, cannabis, cocaïne, le tout accompagné de bières fortes. Ce qu’il recherche c’est de faire cesser tout son délire, fermer les portes, ne plus penser, mettre un voile devant les phénomènes qui l’envahissent. Cependant, il dit que certaines associations de substances ont pour effet qu’il est encore plus facilement happé par la suspicion et la violence et qu’il n’arrive pas à faire taire l’injonction de la grand-mère, le chat maléfique, ni le fait que tout l’internet parle en lui et qu’il n’arrive pas à échapper à leur jouissance. Cette consommation de substances traduit ses tâtonnements à trouver le bon produit pour faire cesser la souffrance sans effets secondaires.

Le statut accordé à la substance et l’investissement du prescripteur de la méthadone permet de situer dans le transfert le lien à l’Autre dans le registre du recours originaire à un tiers pour survivre. Je suis toxicomane, j’ai un besoin vital de la substance, et tout mon rapport à l’Autre est subordonné au fait qu’il me doit méthadone, asile, soins et inscription sur « papiers », subordonné à cet impératif de jouissance dont l’Autre a la charge de faire perdurer le « jouis ! ».

Ainsi, cependant qu’il attend son « du », c’est-à-dire d’être accueilli, il crée les conditions pour ne pas l’être. Il organise dans le réel ce qui chez lui est dans son imaginaire – ne pas être entendu, être en détresse dans cette béance constamment renouvelée où il lui manque quelque chose pour continuer à être sur de continuer à vivre.

Dans tout symptôme, toute souffrance, le sujet trouve une réalisation de son désir, une jouissance à mettre dans Réel ce par quoi il est subjectivement menacé. Pour A. ce Réel prend la forme de sa désinsertion sociale catastrophique : exilé dans un pays dont il ne parle pas la langue, sans papiers, délinquant. L’Autre absolu du psychotique surgit sur l’axe imaginaire, un Autre non symbolisé, resté Réel. La forclusion du nom-du-père rompt les amarres, dérègle la distance à l’Autre, au point que le sujet soit se confond avec l’Autre, soit – comme là – lui devient complètement étranger.


[1] J.-A. Miller, « Troixième leçon du cours sur l’extimité », 1985-1986.

[2] J. Lacan, «Séminaire XX Encore, p. 174, Seuil, collection points essais, Paris, 1981.

[3] Freud, Inhibition, Symptôme et Angoisse, PUF, Paris, 2002.

Aide Sociale à l’Enfance, Psychologie et Psychanalyse.

•10 octobre 2007 • Laisser un commentaire

 

Etre psychologue au référentiel psychanalytique à l’ASE, c’est être pris entre deux discours. D’un côté celui sur les « situations » « prises en charge » par les « référents » pour lesquels il s’agit de « placer », « sauvegarder », « protéger » « médiatiser » « dépister » des « usagers » qui signent un contrat, de l’autre un discours complément autre, où il s’agit de « sujet de l’inconscient », de « transfert », de « structure psychique », de « demande », le discours de la psychanalyse. Des discours au terrain, comment faire le psychologue avec de la psychanalyse ?

le social et l’individuel, quel pacte

Les profondes mutations dans la société actuelle se disent sur trois aspects importants dans le travail social :

· la déliaison sociale: un nombre impressionnant de parents qui n’arrivent pas à garder leurs enfants, tous ou partie, les 4, les 5 enfants

· la désinstitutionalisation : une inadéquation des moyens mis en œuvre parce qu’obsolètes (le manque de lieux d’accueil par exemple, assistantes familiales, familles d’accueil)

· la rationalisation : le nombre de lits en psychiatrie a baissé en moyenne de 5000 / an ces 20 dernières années[1].

Dans la cité, la désinstitutionalisation se traduit par un plus grand nombre de personnes avec des troubles psychiatriques, accueillies dans des familles d’accueil, chez des assistantes familiales. Lorsque la nécessité s’en fait sentir, parfois trouver une place en institution spécialisée apparaît comme une gageure. Cette organisation donne lieu à un éclatement du nombre d’intervenants et à des permutations de publics entre institutions.

La logique administrative aussi prend son tribut sous la forme aussi d’une tendance sociale : le contrat. Ces contrats apparaissent comme suppléance à la déliaison sociale et au vacillement symbolique dans la société, comme pour qu’un recours au droit, à la justice et à un arsenal de dispositifs et de professionnels, pallie notre manque à « être ensemble ». Mais ce recours permet parfois d’entériner des situations parfaitement toxiques et déstructurantes pour l’enfant qui se trouve être l’enjeu d’une relation particulière entre membres de sa famille, et pour qui, du coup, se brouillent les repères.

Mlle P, vivant sans compagnon et avec son fils de 3 ans chez sa propre mère, est hospitalisée à Montperrin, l’enfant est confié à la grand-mère. En un an, les épisodes d’agitation de Mlle P se stabilisent, mais entre temps les décisions du tribunal ont « déchu » la mère de ses droits au profit de la grand-mère. La grand-mère est maintenant « tiers digne de confiance » dans les rencontres médiatisées entre la mère et le petit garçon. Les semaines passant, l’équipe prend conscience que le petit garçon se trouve être pris dans une relation de rivalité entre sa mère et sa grand-mère et que les choses telles que fixées par la loi, contribuent aux états d’agitation de Mlle P et, en présence de sa mère compliquent ses relations avec son enfant.

Que faire pour préserver tout de même l’enfant ? et la mère ?

Comment sans déroger à la loi – le tiers de confiance et les rencontres médiatisées sont ordonnées par le juge – permettre tout de même que quelque chose fasse tiers dans ce système familial ? Comment couper à la jouissance des deux femmes ?

L’axe de travail décidé en réunion de synthèse est de ménager autant que possible de rencontres entre l’enfant et chacune des femmes séparément.

Pour qu’existe un certain ordre du monde, le recours au droit a entériné un système de relations familiales qui fait impasse sur la succession des générations et la mort. Le contrat et le recours au droit ne résument donc pas toutes les dimensions des relations humaines

Le quotidien de la relation qui lie le travailleur social et l’usager en souffrance correspond à une dimension autre que celle du contrat. Les nombreux essais et erreurs de tâtonnements du contexte scolaire, professionnel, familial dans une recherche d’appuis, d’alliés, de quasi coalitions parfois, indiquent que par delà le contrat il y a du pacte. On cherche à s’assurer l’adhésion de tel dans la famille, le soutien de tel autre, voire à en évincer un quatrième, le tout soutenu par le désir et le discours des différentes parties en présence.

Et il y a un décalage entre la tentative de définir un cadre de travail nécessaire dans de telles circonstances, et la question fondamentale que pose tout être humain par ses actes et par ses symptômes : quelle est ma place dans mes relations familiales, sociales, dans l’ordre symbolique ?

Cette différence de niveau entre la réalité et les mirages imaginaires d’un côté et le Symbolique de l’autre, Lacan la situe du côté du nom-du-père : « Le complexe d’œdipe, veut dire que la relation imaginaire, conflictuelle, incestueuse en elle-même, est vouée au conflit et à la ruine. Pour que l’être humain puisse établir la relation la plus naturelle, celle du mâle à la femelle, il faut qu’intervienne un tiers, qui soit l’image de quelque chose de réussi, le modèle d’une harmonie. Ce n’est pas assez dire – il faut une loi, une chaîne, un ordre symbolique, l’intervention de l’ordre de la parole, c’est-à-dire du père, non pas le père naturel, mais ce qui s’appelle le père. L’ordre qui empêche la collision et l’éclatement de la situation dans l’ensemble est fondé sur l’existence de ce nom du père[2]. »

Cet écart entre l’artéfact de la demande institutionnelle et la réalité du terrain a ses effets, ceux de l’écart entre l’objet et le désir.

La psychanalyse peut-elle être d’un quelconque secours pour penser les mutations de la société ? Jean-Pierre Lebrun et Charles Melman relèvent ce défi. Dans « L’homme sans gravité[3] », c’est une actualisation de ce que Freud appelait le « malaise dans la civilisation » qu’ils visent. Leur thèse centrale est qu’un « homme libéral » serait en formation, bouleversant l’ancienne économie psychique. Nous serions en train de passer d’une culture fondée sur le refoulement, et donc sur la névrose, à une culture qui promeut la perversion, ultime défense contre la psychose.

La nouveauté réside dans le nouveau statut de l’objet introduit par l’ultralibéralisme : si, pour le névrosé, tout objet se présentait sur fond d’absence (« castration »), pour le pervers, en revanche, il s’agit d’exhiber en permanence ce qui, ordinairement, se trouve dérobé. La perversion se trouverait ainsi au principe de toutes les relations sociales – travail et autres. Ainsi condamné à la jeunesse et à la jouissance perpétuelles, le nouveau sujet ne peut que se trouver en proie à la fatigue, aux addictions, au désarroi et à l’effacement des repères et des limites.

Si la perversion est le déni de la castration, de la loi symbolique, c’est aussi une jouissance à diviser l’Autre – à toucher du doigt son angoisse. Les professionnels de l’action sociale y ont aussi affaire, non à leur insu d’ailleurs, et aussi en raison de la multiplication des services et des intervenants au sein de chaque dispositif, et donc de leurs failles de leurs insuffisances, des faiblesses ou des manques de chaque professionnel, qui peut être mis à mal par le travail avec de telles personnes.

P. Declerck[4] donne de nombreux exemples de ces situations où la personne clochardisée jouit de se mettre à nu devant le soignant ou le travailleur social, de mettre à nu sa souffrance ou la proximité de la mort, et de toucher ainsi à l’angoisse de l’autre. Cet usager enclin aux passages à l’acte, à des pratiques addictives, est convoqué au projet individualisé et à la contractualisation, par sa difficulté à rester dans le cadre, il interroge les fonctionnements ordinaires des institutions, les modalités de « prise en charge ».

Ceci conduit à s’interroger à son tour la notion de sujet. Le contrat ne repose-t-il pas sur l’idée de parties en mesure de décider objectivement de leurs intérêts ?

Pour certains travailleurs sociaux, le contrat est caduc avant même d’être établi, et certains contrats n’ont alors de valeur pour eux que dans la mesure où ils permettent d’accéder pour l’usager à une aide précise.

Comment penser la suppléance qu’implique une telle relation d’aide,  que peut-on soutenir pour le sujet de son désir et à partir de quand décide-t-on pour l’autre ? c’est une question qui fait débat au sein des équipes:

« Ce qu’il faut ce n’est pas que les assistantes sociales connaissent le travail des éducatrices et vice et versa, ce qu’il y a c’est qu’il n’y a pas assez de travail d’équipe. Ce qu’on fait c’est pas de l’activité sur l’enfant et les parents. C’est pas une prise en charge ! Que fait-on ? Ce n’est pas un suivi, alors quoi ? on aide à grandir ? se structurer ? Et puis qu’est-ce que ça veut dire cette histoire de fonctionnement familial ? y a des familles où ça « fonctionne très bien » le père viole les petits la mère boit pour oublier et ça fonctionne comme ça. Il faut donc élaborer et non pas indiquer des axes de travail. Ça implique la question du positionnement par rapport aux parents dans le cadre des audiences de séparation parents/enfants. On travaille avec les parents pour l’enfant.

S’il doit devenir pute comme sa mère ou voyou comme son père pour s’en sortir dans sa tête, eh bien je veux pouvoir l’aider à soutenir son truc ».

« Je suis où je ne pense pas, je pense où je ne suis pas ». La notion d’usager ne recouvre pas celle de sujet pour la psychanalyse. Ce n’est pas là le sujet social.

Sa présence devant le travailleur social est aussi la résultante de déterminismes économiques, sociologiques, institutionnels, mais cette personne n’est pas non plus un sujet rationnel, libre auteur de ses actes, déterminant en toute conscience ses actions, son projet en fonction d’objectifs prédéfinis et en attente de retour de quelques bénéfices, quand bien même ils seraient qualifiés de symboliques. Il dépose aussi des questions : qui suis-je ? qu’est-ce que cela veut dire ce qui m’arrive ? Pourquoi moi ? Est-ce que cela va durer jusqu’à ma mort ? y a-t-il quelqu’un pour m’entendre ? Quelle logique pourrait-elle rendre compte de mon destin ?

le Transfert

Alors les travailleurs sociaux ont-ils à faire avec le transfert ou pas, et comment s’en débrouillent-ils ? Où se trouve-t-on quand il faut donner une réponse, savoir proposer quelque chose, savoir expliquer les symptômes ou les problématiques des personnes par des pseudo-savoirs sur leur enfance, leurs traumatismes ? Que fait-on de la relation imaginaire à la personne, qui pousse à abdiquer ou à soutenir une position personnelle du sujet en réunion de synthèse?

Et que faire du paradoxe de ces dispositifs sociaux où les usagers qui s’y trouvent ont à viser l’autonomie, alors que les professionnels de l’action sociale sont pris eux-mêmes dans des dispositifs et des fonctionnements administratifs et institutionnels qui les conduisent, eux à ne pas l’être.

Comment faire pour ne pas « donner ce qu’on n’a pas à quelqu’un qui n’en veut pas » selon la formule de Lacan ?

D’accord, il n’y a de véritable transfert que dans le cadre de la cure analytique. Enfin, de transfert analysable, parce que de l’autre, du transfert-contre-transfert dans les deux sens, il y en a. L’un vient avec ce qu’il n’a pas, son manque à être, et il vient le proposer à quelqu’un qui n’en a que faire, puisque lui, ce qui l’habite, c’est son manque propre.

Pour la psychanalyse, le transfert est aussi une question d’adresse : ce qu’il dit dans la manifestation spécifique de son symptôme, le sujet le manifeste comme un appel à l’Autre, pour qu’il entende quelque chose de la question inconsciente qui l’habite et pour être un lieu d’élaboration de cette question.

Le terme d’adresse permet également de penser le symptôme en terme de lettres, nécessitant un espace où s’inscrire, sur la base d’une écoute Autre, écoute par le sujet lui-même par l’écoute de l’analyste, d’autres signifiants derrière les signifiants redondants de l’analysant, opération qui permet l’émergence d’un savoir inconscient.

La dimension du sujet sujet-supposé-savoir est là dans de nombreuses situations de demande d’aide et d’intervention de la part de personnes en difficulté, et une autre manière de parler du transfert repose sur ce concept de sujet-supposé-savoir de Lacan, le patient qui fait une demande d’analyse suppose chez le psychanalyste un savoir. Le mouvement de la cure va consister à déplacer les termes de ces représentations, en déplaçant progressivement les questions initiales : le savoir n’est pas chez le psychanalyste, comme il l’est chez le médecin, il est chez le patient. Et le cadre analytique, l’intervention ou l’interprétation de l’analyste sont là pour opérer ces déplacements et pour faire advenir ce savoir inconscient du sujet. Mais plus que l’énoncé et son sens, c’est l’énonciation, c’est-à-dire au delà du symbolique, il y a aussi à entendre qui parle et à qui ça parle, c’est-à-dire le discours qui détermine le mouvement de la cure.

La cure analytique n’est donc pas un lieu de parole libératrice par elle même, qui permettrait une sorte de catharsis bénéfique. L’enjeu est dans l’émergence du sujet à partir d’un déplacement. Quelque chose aura bougé dans l’ordre des représentations inconscientes du sujet, dans les combinaisons de signifiants propres à sa vie et le sujet occupera une autre position subjective dans son rapport aux autres et à la société.

Le transfert – dans le cadre psychanalytique – permet une actualisation de quelque chose du fantasme qui gouverne la vie du sujet, de la part d’impossible qu’il y a chez tout être humain, il permet un déplacement de ce qui en est la limite, une élaboration de l’inpensé, l’irreprésentable.

En fin de compte, le transfert pour le travailleur social, pour ce qui concerne le référentiel psychanalytique, n’est pas le terme adéquat.

Prendre soin

Dans « le Soignant épinglé » François Ansermet et Maria-Grazia Sorentino décrivent des déterminants propres aux soignants et institutions liés aux impasses où se trouvent les usagers, en l’occurrence des psychotiques, mais est-ce si différent au niveau du processus quel que soit le patient ? Ils parlent de ce soignant qui au début de sa carrière semble assumer son choix professionnel mais que cela n’empêche pas d’éprouver une angoisse particulière dès ses premiers contacts avec le psychotique. Mais il ne pense pas être là pour se préoccuper des réactions singulières qui résultent de sa rencontre avec la psychose. Cependant, il sera insidieusement pris au piège de sa tâche et consacrera une part importante de son temps à se défendre des effets de cette rencontre gênante. Mais une rencontre avec qui ? Saisi par une inquiétante familiarité, l’autre va se révéler à lui-même. Etrange rencontre : le soignant découvre qu’il abrite en lui-même une source cachée d’angoisse. Honteux de cette faille, il essaie de reconstruire de toutes ses forces son château d’homme civilisé. « Méconnaître, c’est méconnaître cette angoisse. Derrière le brouhaha institutionnel, autre chose est à l’œuvre.(…) Encore une fois, on constate que l’institution, organisation apte à durer, tient par le ciment de la négation ou du déni, dans l’évitement des vérités que révèlent les drames qui l’habitent[5]. »

A quel discours se vouer ?

Ce que peut apprendre justement la pratique à l’A.S.E. c’est que pour un psychologue clinicien, ni lacânonner, ni idéaliser tel ou tel lien ou idéologie ne risque de suffire. Certaines familles sont tant ravagées qu’on ne peut s’appuyer sur personne – il arrive qu’une assistante sociale « gère » la famille en pack, parents, enfants, petits enfants et cousins éloignés. Certains juges pour enfants émettent parfois des sentences dépourvues de bon sens. Certaines utopies scientistes sur la santé publique sont étouffantes pour le sujet.

Il y a à composer avec à la fois une réalité fortement marquée par le contexte, une temporalité à plusieurs vitesses, un effet de « rencontre », autrement dit, il y a du Symbolique, de l’Imaginaire, mais il y aussi le Réel. Le rôle du psychologue est de permettre que la souffrance des personnes dont il a la « responsabilité » à l’ASE ne restent pas lettre morte et que la société prenne en compte les réalités liées à un handicap, à la maladie, au malaise.


[1] La santé mentale des français, Raymond Lepoutre et Jean de Kervasdoué, Ed. Odile Jacob, 2002.

[2] J.Lacan : Les Psychoses, Seuil, p.111, leçon du 18 janvier 1956.

[3] Jean-Pierre Lebrun et Charles Melman, L’homme sans gravité, Denoël, Paris, 2002

[4] Patrick Declerck, Les Naufragés. Avec les clochards de Paris, Ed. Pocket 2003

[5] F. Ansermet et M-G. Sorrentino, Malaise dans l’institution, Le Soignant épinglé, p. 12Ed. Anthropos-Economica, 1991.

l’APC-SE organise une soirée avec François Sauvagnat « Les différentes conceptions actuelles de la « guérison » » Le lundi 5.11.2007 (19h) Salle Guyon Fac SCiences Humaines Aix-en-Provence

•6 octobre 2007 • Laisser un commentaire

 

Fusion food

•17 septembre 2007 • Laisser un commentaire

Caribbean Forkchops, qu’ils appellent ça les américains… baguettes chinoises munies de couverts à l’autre extrémité ,  amusant…

Cette manie de la fusion food est addictive. J’ai un faible pour le bento aussi. Moins pour la présentation moderne dans les tupperware en plastique, plutôt tentée par la boîte d’apparence traditionnelle.