Le discours de la science

Lorsqu’on prend la parole, avant toute chose, on prend place. Mais laquelle ? Car il existe différents lieux d’où l’on peut parler, interpeller l’autre, et l’effet de ce qui s’y dira sera différent suivant chacun d’eux. Ce lieu d’où l’on prend la parole est la place d’agent. Ensuite, il s’agit de savoir à qui l’on parle, à quel autre s’adresse cette parole. Cet autre, qui se trouve être le deuxième élément spécifique de tout discours,  s’écrit avec un grand “A” car si “dans son discours le sujet se rapporte à un autre, c’est avant tout à l’Autre, c’est-à-dire non à un individu mais au langage, au code ou mieux encore, au trésor des signifiants, à la loi que le langage véhicule”. Cette parole adressée à l’autre a un effet c’est le produit du discours. Cette production a une cause autre, plus véritable que l’agent du discours, c’est la vérité, au nom de laquelle parle l’agent.
La vérité, l’agent, l’autre, la production constituent donc les quatre instances de la structure signifiante du discours. Ces quatre places seront occupées (différemment suivant le type de discours) par quatre termes : S1, le signifiant-maître; S2, le savoir, la batterie signifiante formant réseau; $, le sujet et enfin (a), l’objet baptisé par Lacan “plus de jouir” .
A partir de ces quatre places et de ces quatre termes il y a autant  discours, chacun tirant son nom du terme occupant la place d’agent : discours du maître (en position d’agent : S1), discours universitaire (S2), discours de l’hystérique ($) et discours de l’analyste (a), puis le Discours du capitaliste, rajouté plus tard.

Le discours du maître : si l’on considère généralement le discours du maître comme le discours de base, matrice des autres discours, c’est qu’il arrive comme premier, du fait qu’il s’énonce à partir de la relation fondamentale S1->S2, la chaîne signifiante dans laquelle s’inscrit l’enfant, celui de ses parents. Il est de l’ordre et de la Maîtrise, de la reconnaissance, (mathème pointant le sujet en tant que divisé par le signifiant) hiérarchique alors qu’il porte en lui la revendication égalitaire du Maître "libre" dans son rapport de dépendance à la reconnaissance par son esclave de son statut de maître. La vérité du sujet est en jeu dans ce qu’il dit par rapport à l’autre, sous son regard. Sa liberté ici est arbitraire, c’est celle de choisir son camp, la vérité change de place selon les institutions où il s’inscrit, volonté de vérité. "On n’est dans le vrai qu’en obéissant aux règles d’une police discursive qu’on doit réactiver à chaque fois qu’on parle". Le signifiant maître mis en position d’agent occulte sous la barre la division subjective et prétend savoir ce que veut l’autre, mais à condition d’épargner la question de son propre désir.

S1  ==>  S2
$     //      a

Le discours de L’Université sous l’injonction du discours du maître produit le $ et accroît ainsi le "malaise dans la civilisation", l’objet cause du désir est transformé en objet du désir de savoir (ou de consommation) et occulte ce qu’il en est de l’assujettissement au S1 à quoi se soumet celui qui veut connaître. Celui qui veut connaitre saura une masse d’informations sur les phénomènes et les points de fixation irrationnels de l’angoisse collective sur des interventions médicales et aussi des questionnements et remises en cause absolument fondés.  Prenons un virus quelconque, la masse de données produit un sujet divisé, et ne produit pas au final une vérité sur la conduite à tenir face aux risques.

S2   ==>  a
S1    //     $

Le discours hystérique lui répond en défiant la maîtrise et en la contraignant à produire un savoir toujours mis en cause, vérité irrecevable pour le maître. 

$   ==>  S1
a     //    S2

Chacun de ces discours pointe la jouissance impossible, l’impossibilité du sujet à atteindre son objet.

AGENT  ==>  AUTRE
VÉRITÉ // PRODUIT

Pour le Maître ne l’être qu’au prix de l’esclavage à la reconnaissance de l’autre, pour l’Universitaire l’impossible est de prouver un sujet tel que défini par la science, pour l’hystérique la remise en cause du maitre ne remet pas plus en cause ce qui est factuel et c’est seulement la reconnaissance de cet impossible ou, en d’autres termes, l’acceptation de la castration qui permettra au sujet un accès à la vérité de sa jouissance.

On demandait sur un Blog à part voisin "On peut ) peine reconstruire fragilement sur les ruines du passé, qu’en pensez-vous ?"

Je sais pô les autres, mais je pense que chez l’auteur, dans la question même il y a là reconnaissance de cet impossible, vé oui qu’il y a acceptation de la castration de jouir de la science et de la position de maîtrise :)

 

PS: je trouve ça très smart de taguer ce billet "Santé et bien-être" :)

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~ par ad Nob sur 3 février 2008.

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